Historique du site

Famille DE LASSUS, propriétaire du site jusqu'au début XIXeme siècle.

 

Ces lieux sont occupés dès le XIVème siècle. Les seigneurs d’Espagne-Montespan (co-seigneurs de la bastide Montréjeau), et plus particulièrement Arnaud d’Espagne, y fondent le monastère des Augustins avec la bénédiction du Pape Clément V, Bertrand de Goth. Toutefois, une charte authentique permet d’affirmer que ce monastère est construit seulement à la fin du XIVe siècle par Roger d’Espagne, son arrière petit fils. Le couvent occupe le Nord Est de la ville et sa contenance est évaluée à un hectare. Il y avait un cloître, une cour, un jardin, des dépendances affectées aux logements des Moines et une église. Dans le cadastre de l’An 1687, établi par Jean Hélis, arpenteur, on lit : «Le syndic des Augustins tient et possède noblement un couvent dans le circuit de la dite ville, consistant en une église, bâtiments et jardins, confronte d’Orient les murs de la ville, midi la rue d’Occident et la maison de la ville et septentrion terre rurale desdits religieux, contenant le tout un journal et demy, un boisseau. Les Augustins tiennent vignes aux versant de Sausses, confronte l’Orient et Septentrion Jean Benz, midi le Sieur Pérès et d’Occident chemin, contenant trois journaux un quart, au deuxième degré fait vingt-six livres. Plus terre et vigne au dit quartier confronte d’Orient Antoine Capdeville et Septentrion chemin contenant neuf journaux un quart, la vigne au deuxième degré, la terre du bas, deux journaux et demy au troisième degré, faisant en tout soixante livres trois sol».
 
Les Augustins ayant chez eux la confrérie des Cinq Plaies, fondée à Toulouse, au cours de l’épidémie de peste de 1490, par les Grands Augustins, la paroisse voulut, un peu plus tard, sa confrérie aussi ; ce fut celle des Pénitents Bleus, dont le siège était l’église Saint Jérôme de Toulouse et qui est introduite à Montréjeau au début du XVIIIe siècle.
 
Il ne reste plus rien actuellement mis à part un vestige présent dans le mur à droite de la porte d’entrée de l’actuelle chapelle. Abandonné par les moines pendant la Révolution, ce couvent est dévasté et pillé. La foudre tombe même sur le clocher démolissant la flèche. La vente des biens a lieu en 1792 par Monsieur de Lassus Nestier. Peu de temps après, ce haut magistrat, Conseiller au Parlement de Toulouse montait sur l’échafaud à Paris. Son fils, monsieur de Lassus Camon, Chef de bataillon de l’Armée des Pyrénées Occidentales, clôturera l’emplacement du séminaire. Il est même question d’y loger les troupes fixées à Montréjeau pour arrêter les Espagnols, et en 1794, une partie est érigée en Salpetrière. Le 5 floréal de l’An X (5 mai 1802) les restes de l’église furent rasés, les dalles funéraires découvertes et les dépouilles reposants depuis plusieurs siècles dans les tombes furent transférées au cimetière de la paroisse. Sur l’emplacement du monastère, seul le puits existe toujours avec son antique revêtement de pierres taillées intactes. Puis il est laissé pendant plus d’un siècle. En 1924, le cloître aurait été acheté par un magnat de la presse américaine et reconstruit en 1962, pierre par pierre à Nassau une île des Bahamas.
 
Autre vestige, de très haute qualité, la si belle Piéta, Notre Dame des Cinq Plaies, que l’on peut vénérer maintenant dans l’église paroissiale de Montréjeau. Elle y est transportée après la Révolution. Œuvre du sculpteur toulousain Marc Ferrère, elle est offerte en 1717 par Pierre II de Lassus à l’église des Augustins.
 
Mais, l’histoire de «l’Orangerie du Mont Royal » est avant tout à associer avec celle de la Famille de Lassus, non seulement parce qu’une grande partie de la famille y fut enterré dans l’ancien monastère des Augustins, mais aussi parce que cette dernière a acquis ces terrains.
 
Le premier de la famille de Lassus d'Aure et Louron qui vient s'établir à Montréjeau, bastide fondée en 1272, anciennement appelée Montréal-de-Rivières, Mons régalis Ripariæ est Pierre I de Lassus. En 1660 il est avocat au Parlement, au siège de Montréjeau. Il acquiert une charge de notaire royal, devient juge au marquisat de Montespan, et trésorier de la même maison. Ses descendants ne quitteront plus Montréjeau.
 
Son fils, Pierre II de Lassus, Conseiller du Roi, conserve, pendant quelques années seulement, la charge de son père. Il devient en 1698 subdélégué de l'intendance de Gascogne, charge que ses descendants occuperont jusqu'en 1760, sous l'autorité successive de sept intendants. Le duc d'Antin le choisit en 1712 pour administrer ses vastes possessions, et il le charge de nommer des juges à tous les sièges du duché d'Antin et du marquisat de Montespan. Rappelant le passé commun des maisons de Lassus et d'Espagne-Montespan, le duc d'Antin lui tient ce langage, « depuis des siècles nous vous tenons pour gens d'honneur et de bon lieu ».
 
Successeur de Mansard à la direction générale des « bâtiments, jardins arts et manufactures de sa majesté », le même duc d'Antin lui envoie le 22 Avril 1712 une commission où il précise avoir « commis et étably le sieur de Lassus contrôleur général des marbres des Pyrénées, pour faire découvrir, fouiller, et mettre en état toutes les carrières dont on pourra avoir connaissance dans lesdites montagnes et ailleurs, lequel sieur contrôleur sera en droit de faire les marchés qu'il jugera à propos pour le tirage et le transport desdits marbres, et généralement ce qui sera nécessaire à ce sujet pour le service du Roy ». Pierre II de Lassus fait ré exploiter des carrières, connues depuis les romains puisque la colonne Trajane proviendrait de Saint Béat, et en fait ouvrir d'autres (Sarrancolin, Campan). En 1712, la brèche de Beyrède, ou brèche d'Antin, fournit le marbre que le Roi préfère. Ces blocs de marbre descendaient la Neste jusqu’à Montréjeau, la Garonne ou l'Adour jusqu'à Bayonne ou Bordeaux, rejoignaient Rouen, et remontaient la Seine jusqu'à Paris. Ces responsabilités amenaient Pierre de Lassus à avoir des relations fréquentes avec Monsieur de Lahite, inspecteur général des bâtiments. Il se rend à Paris en Février-Mars 1716 et y reçoit de nombreux témoignages de satisfaction.
 
Le 29 Mai 1716, il reçoit à Montréjeau Monsieur Matis, arpenteur géographe du Roi ; ils lèvent les plans des carrières, et font des études sur cours de la Neste et de la Garonne en vue d'en améliorer la navigation. Les façades de l’Orangerie rappellent d’ailleurs celles du Grand et du Petit Trianon de Versailles, petit clin d’œil à Monsieur Pierre de Lassus, intendant des marbres du Roi par ses descendants.
 
Son fils, Marc François de Lassus Camon, dit le Grand Lassus, sera Contrôleur Général des Marbres du Roi, par décision du Roi de France, Louis XV, et du Duc d’Antin. En Décembre 1724, il demande, et obtient, le démembrement de la judicature de Rivières en 12 parties; il garde celle de Montréjeau avec le titre de juge en chef, et se vit attribuer par le roi le bénéfice de la vente des douze sièges en considération des services rendus pendant la guerre d'Espagne. C’est le 30 janvier 1759 qu’il achète maisons, enclos, prés et métairies à Montréjeau pour construire, en 1760, l’Hôtel de Lassus et ses jardins. Il restaure la chapelle des Augustins à laquelle il fait le don d'un bénitier. En reconnaissance les moines s'engagèrent à célébrer 12 messes de Requiem chaque année dans la chapelle des Cinq-Plaies pour les Lassus ensevelis au même lieu. Il faut savoir que ces terres, dites «les Terres de l’Echange » sont achetées à la famille d’Antin. En effet, Louis XIV, en 1715, un peu avant sa mort, avait abandonné ses droits sur Montréjeau et la Baronnie de La Barthe de Neste au profit du Duc d’Antin qui lui cède en échange une maison de plaisance «La Maison Rouge »  et ses dépendances avoisinant Marly.
 
Marc François de Lassus Camon était un proche collaborateur et ami de l’Intendant d’Etigny. Il fournit également les marbres au Maréchal Duc de Richelieu pour la construction de son château de Richelieu en Indre et Loire. En Octobre 1762, le Duc, Gouverneur de Guyenne, séjourne d’ailleurs chez lui à l’occasion de l’ouverture des Etats du Nébouzan. Monsieur de Lassus donnera le 29 octobre 1763 dès fêtes mémorables en l’honneur de son hôte. Il reçoit aussi à la même époque le Duc d’Aiguillon, Malesherbes, la Comtesse de Brionne, pour ne citer que les plus connus.
 
Enfin, un autre personnage éminent de la famille est Marie Marc de Lassus. Conseiller général du canton de Montréjeau (1863), et longtemps maire de Montréjeau, Marie Marc de Lassus  fut élu représentant de la Haute-Garonne à l'Assemblée Nationale le 8 Février 1871, et siégea à droite. Il vota pour la paix, pour les prières publiques, pour l'abrogation des lois d'exil, pour la démission de Thiers, pour la prorogation des pouvoirs du Maréchal de Mac-Mahon, pour le ministère de Broglie, contre l'amendement Barthe, contre l'amendement Wallon, contre les lois constitutionnelles. Membre de plusieurs sociétés savantes, auteur de nombreuses publications historiques sur le Comminges, il fut cofondateur de la revue du Comminges. Il s'attacha à former une importante collection d'archives et une bibliothèque d'ouvrages relatifs à l'histoire du Midi de la France. Marc de Lassus figure au dictionnaire des peintres, au titre de peintre paysagiste : élève de Lansac, il exposa au Salon de 1864 à 1866.Veuf au bout de 3 ans de mariage, ayant un fils, Bertrand, qui sera le fondateur de Valmirande, il se remaria 9 ans plus tard avec sa cousine germaine Claire de Gassaud, qui lui donna 5 autres enfants. Marie Marc de Lassus est l'auteur d'un ouvrage historique en trois volumes sur la famille de Lassus, En 1859, conformément aux prescriptions de la loi, il demanda la confirmation de ses droits, ce qui fut fait par un décret du 7 Janvier 1860, confirmant le titre de baron héréditaire qui avait appartenu à ses ancêtres. Il se vit délivrer des lettres patentes le 8 Juillet 1865. Marie Marc est le créateur de cette magnifique orangerie. Marc de Lassus, son second fils, vendra l’hôtel de Lassus et ses jardins à Foch pour la création d’un séminaire en 1929. La «vieille maison de Montréjeau » n’était plus occupée car la famille habite maintenant à Valmirande.  Foch viendra souvent à Montréjeau de Valentine, où sa famille avait une maison, et le plus souvent à pied.
 
Le Séminaire «Notre Dame du Comminges » prend le relais de l’établissement de Polignan fermé en 1908, après la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il fonctionnera de 1929 jusqu’à la fin des années 1970. Une inauguration aura lieu avec tous les officiels civils, militaires et religieux, le 11 octobre 1932 en présence du Général Weygand, du Général Dedieu Anglade. Un monument à la mémoire du Maréchal Foch, sculpté par Firmin Michelet et remis à Monseigneur Saliège, évêque de Toulouse.
En 1962, Henri Guérin, Maître verrier, réalisera les vitraux de la chapelle du Séminaire en même temps que ceux de l’église Saint Jean Baptiste.